"We Should All Be Feminists"

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L'entrée de la créatrice Maria Grazia Chiuri à la tête de la direction artistique de la maison Dior n'est pas passée inaperçue. Tout d'abord parce que pour la première fois de son histoire une femme occupe ce poste au sein de la maison, mais aussi pour sa première collection (printemps/été 2017) qu'elle a dévoilée lors de la fashion week en automne dernier. La collection est désormais en ligne : le tee-shirt culte "We should all be feminists" en référence au titre du livre de Chimamanda Ngozi Adichie est déjà en rupture de stock et s'affiche sur les épaules de nombreuses célébrités (même en couverture du Harper Bazaar sur Jennifer Lawrence).

Je m'efforce d'être attentive au monde et de créer une mode qui ressemble aux femmes d'aujourd'hui. Une monde qui les accompagne dans leurs transformations, pour échapper aux catégories stéréotypes "masculin/féminin", "jeune/moins jeune", "raison/sentiment", qui présentent, par ailleurs, des aspects complémentaires.
Maria Grazia Chiuri

La créatrice italienne s'inscrit dans la liste des stylistes (et ce n'est pas que des femmes) qui ont fait de la cause de la femme une manière de vivre. On citera bien évidemment Coco Chanel qui a souhaité libérer les femmes des carcans que les hommes leur imposaient en créant une mode pour les femmes par une femme. Sonia Rykiel, plus tard, remettra aussi en cause le diktat des couturiers. 

Je défendais une nouvelle manière d'être pour les femmes, plus libre, plus active, plus séduisante aussi.
Sonia Rykiel

Du côté des hommes, on retrouvera Yves Saint Laurent qui a modernisé le look de la femme en l'habillant du smoking lors de son défilé de haute couture en 1967 à une époque où il était difficile pour les femmes de se balader en pantalon, que ce soit pour aller au travail ou dans des dîners. Cette allure androgyne qui donne plus de pouvoir aux femmes en leur laissant leur féminité, cette libération de la femme par Yves Saint Laurent eut un succès monstre lors du lancement de sa boutique de prêt-à-porter.

J'ai participé à la transformation de mon époque. Je l'ai fait avec des vêtements, ce qui est sûrement moins important que la musique, l'architecture, la peinture... mais quoi qu'il en soit, je l'ai fait.
Yves Saint Laurent

Jean-Paul Gaultier inversera les genres en proposant un homme-objet habillé d'une jupe quand il donnera lui aussi une allure androgyne et masculine à la femme en l'habillant de marinières ou de pantalons à pinces.



Karl Lagerfeld réalise un grand final pour un défilé Chanel en 2014 en proposant une mise en scène de manifestation féministe avec en première ligne la mannequin Cara Delevingne. C'est un véritable hommage à la créatrice de la maison, mais aussi à toutes les femmes de notre époque.

Le féminisme dans la mode ne date donc pas d'aujourd'hui. Ce n'est pas une tendance à suivre pour faire du chiffre d'affaires. C'est un véritable problème de société dont la mode et les créateurs s'emparent et auquel ils s'attaquent pour faire évoluer les mentalités et les sociétés. Mais entre l'époque de Coco Chanel et la nôtre, les sociétés ont évolué - nous interagissons plus de la même manière, les inégalités persistent mais n'ont pas les mêmes valeurs, les revendications aussi.

En 2017, dans notre ère digitale et surexposée aux publicités, le message prime sur les coupes qui ne choquent plus. Les slogans doivent être forts et fédérateurs. En 2017, les femmes et les hommes n'ont plus peur des mots, n'ont plus peur de ce mot - féminisme - qui a été inhibé par de mauvaises définitions.

Cette désinhibition, Emma Watson y est pour beaucoup. Mais Lena Dunhem aussi. Tout comme Beyoncé et toutes les femmes et les hommes qui ont décidé d'agir pour changer les choses : de ne plus accepter l'inacceptable, de donner des droits fondamentaux et pourtant oubliés et de protéger les personnes les plus vulnérables.

Mais il est aussi aujourd'hui difficile de savoir si certaines images sont un choix artistique, une critique, une intériorisation ou du mauvais goût quant à certaines publicités ou clips vidéos (qui mériteraient largement un article entier sur la représentation qui est faite des femmes). La question se pose notamment sur la dernière campagne de publicité de Saint Laurent - est-ce véritablement un acte sexiste ou un choix artistique mais certes mal contrôlé et mal conçu ? Venant de cette maison-là, la question se pose sans doute mais le résultat de cette campagne en hyper-sexualisant la femme reste un fiasco.

Être féministe en 2017, c'est revendiquer les mêmes droits que les hommes et le refus de devoir correspondre à des critères que la société nous fixerait. C'est aller au-delà de ce qu'on nous pense capable de faire, c'est casser les codes. C'est aussi avoir le choix et s'habiller comme on veut sans remettre en cause nos idéaux.

La mode est un moyen d'expression, d'affirmation et de communication. Elle a permis aux regards et aux sociétés d'évoluer, de changer et de s'améliorer. La mode n'a rien de contradictoire avec le féminisme. Ce n'est pas une obsession d'un certain groupe de personnes qui se réunissent deux à six fois par an lors des fashion week. Aujourd'hui plus que jamais, la mode est un pouvoir que le féminisme peut utiliser en sa faveur.

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